A l’initiative d’Astrid Willier, étudiante à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon, une marche exploratoire autour de l’eau était organisée le mercredi 22 avril 2026 en partenariat avec le Château de Lusigny-sur-Ouche. Situé à proximité des sources de l’Ouche qui traverse pendant près de 100 km les sols et sous-sols karstiques de la Côte d’Or, le château de Lusigny s’intègre pleinement dans l’histoire, la géographie et l’hydrologie du territoire.
Ouverte aux habitants, voisins et riverains de l’Ouche, ou tout simplement aux curieux ou personnes sensibles à la préservation de la ressource en eau, cette marche a été l’occasion de croiser via une approche de terrain des façons d’habiter le territoire, des problématiques de riveraineté et de conflits d’usage, et l’appréhension de la complexité des phénomènes physico-chimiques d’interactions entre les eaux dites bleues, vertes ou grises. Christian Jacquemin et Elodie Denizart, administrateurs d’Aqua, ont pu intervenir et interagir avec les participants à cette occasion.
Marcher et observer son environnement au fil de l’eau, c’est comprendre pourquoi l’humain est venu habiter cette vallée, pour la creuser, l’exploiter, mais aussi la préserver, la visiter, la redécouvrir au fil des siècles. Les usages de l’eau ont pu être industriels comme l’exploitation des carrières, le travail du fer avec les mines d’Epinac ; agricoles comme le rouissage du chanvre ou les piscicultures ; commerciaux avec la construction du canal de Bourgogne qui suit la rivière depuis Pont d’Ouche jusqu’à l’embouchure avec la Saône à Saint-Jean de Losne, en passant par Dijon…
On comprend bien qu’interroger notre rapport à l’eau pose d’abord la question des pratiques et des usages, chacun et chacune avec son lot d’impacts positifs et négatifs pour le milieu.
En protégeant les captages d’eau potable à la source, évite t’on les pollutions induises par certains champs agricoles et l’urbanisation du plateau qui, malgré la filtration du karst, vont se retrouver au moins partiellement au niveau des résurgences ?
Comment s’assurer d’un débit fiable pour alimenter le canal de Bourgogne, le réseau d’eau potable, l’irrigation de la plaine alluviale, mais aussi des centrales hydroélectriques au fil de l’eau, alors que ces hydrosystèmes interagissent en permanence, de façon visible ou invisible ?
Pourquoi construire des passes à poissons si coûteuses économiquement et écologiquement alors que le cormoran pille les stocks ?
Existe-t-il des zones humides d’origine non artificielle alors que la vallée est exploitée et aménagée depuis plusieurs siècles ? Et pourtant les étangs, pièces d’eau, bassins, mares ou seuils réservoirs de moulins n’assurent-ils pas les mêmes services pour les milieux ? Et comment préserver ces micro-climats humides indispensables au vivant face à la crise climatique ?
Quelles sont les interactions existantes entre les bâtiments anciens et l’eau, et quel est l’impact de la diminution des ressources en eau sur ces édifices ? Comment rénover, restaurer, faire revivre des bâtiments historiques tels que les châteaux, les églises ou les moulins aujourd’hui, malgré ou grâce à leur longévité structurelle ? Et est-ce que le Diagnostic de Performance Énergétique a un sens pour la rénovation du bâti ancien ?
Quels changements d’échelle et d’impacts ont lieu lors de choix technologiques tels que la généralisation de l’assainissement collectif ?
Qui porte la responsabilité de brèches dans les fondations d’un château bâti sur pilotis pour lequel on a supprimé les principaux organes de gestion du niveau d’eau alentour ?
Quelles sont les atouts et les limites des classements instaurés par des textes réglementaires : Natura 2000, ZNIEFF, Continuité écologique, Monuments historiques, Sites classés ou inscrits, Réserve de Parc National ou UNESCO… ?
Toutes ces questions ont été effleurées lors de cette marche. Elles n’ont pas nécessairement de réponses, mais une chose est sûre : notre rapport à l’eau est une question d’aménagement et d’occupation du territoire. Et si les collectivités veulent assumer le rôle de chef de file de la planification écologique et de l’adaptation climatique, la question de l’eau doit être transversale à toutes les politiques, à commencer par celle de la rénovation énergétique des bâtiments.
La lecture des trames historiques bâties des villes et villages de la Vallée de l’Ouche peut nous aider à trouver certaines des solutions de résilience tant recherchées aujourd’hui, notamment face aux risques de sécheresse et d’inondations. Il faut pour cela que des conditions de mise en place d’une intelligence collective soient favorisées. Les visites de terrain sont particulièrement inspirantes en ce sens.
Dépasser les enjeux de riveraineté et de conflits du quotidien pour préserver l’eau en tant que bien commun… un sujet qui mêle expertise et citoyenneté, interaction au cœur des préoccupations de notre association.
